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Visite des mares

À Bosroumois, les mares font partie de ces petits patrimoines que l’on ne remarque pas toujours au premier passage. Elles ne dominent pas le paysage comme une église ou une grande bâtisse ancienne, mais elles racontent beaucoup de la commune : ses hameaux, ses chemins, ses terres agricoles, ses maisons en torchis, son rapport à l’eau et à la campagne.

En Normandie, les mares appartiennent au paysage rural traditionnel. Elles étaient souvent creusées à proximité des habitations, au cœur des hameaux, là où les habitants avaient besoin d’eau pour vivre, travailler et abreuver les animaux. Les matériaux extraits lors de leur creusement pouvaient aussi servir à la construction, notamment l’argile utilisée autrefois pour fabriquer le torchis.

Jusqu’au XVIIIe siècle, ces points d’eau constituaient des ressources essentielles pour les hommes comme pour les bêtes. Aujourd’hui, leur usage quotidien a disparu, mais leur rôle reste important : elles recueillent les eaux de ruissellement, participent à la régulation des fortes pluies et abritent une faune et une flore liées aux milieux humides.

À travers la visite des mares, c’est donc un autre visage de Bosroumois qui se dévoile : plus discret, plus rural, plus ancien.

Le Froc-Duhamel, une mare au cœur d’une histoire de hameau

La mare du Froc-Duhamel se situe en bordure du chemin du Froc-Duhamel. De forme rectangulaire, elle mesure environ 45 mètres de long sur 15 mètres de large. Ses berges sont assez abruptes et son environnement est marqué par une végétation arborée et arbustive composée notamment de saules, de hêtres et de charmes.

En cas de fortes pluies, elle recueille les eaux du chemin du Froc-Duhamel, de la sente voisine, ainsi que les eaux de ruissellement des champs.

Mais cette mare est aussi intéressante pour l’histoire de son nom. Le mot “Froc” pourrait renvoyer à un lieu de friches ou de terres incultes, ce qui rappelle les anciens défrichements du territoire. Une autre lecture, issue du patois normand, associe le mot “froc” à un drap de laine grossier, puis à l’habit monacal.

Cette seconde interprétation ouvre une piste plus historique. Au Moyen Âge, le tissage et la filature de la laine étaient présents dans les campagnes du Roumois. À Bosc-Roger, cette activité a longtemps participé à la vie locale, jusqu’à devenir très importante au XIXe siècle. La proximité du lieu-dit “Champs-aux-Moines” rappelle également la présence ancienne de religieux et le souvenir de la chapelle Saint-Nicolas-du-Bosc, liée aux premiers seigneurs de Bosc-Roger.

L’hypothèse avancée dans l’ancien article municipal est donc que le nom “Froc-Duhamel” pourrait évoquer un hameau où l’on fabriquait du drap de laine, peut-être lié aux habits des moines, associé à une famille Duhamel installée sur place.

L’Épine-Dubuc, entre route, habitations et chemin de promenade

La mare de l’Épine-Dubuc se trouve en bordure de la route départementale 38, dans un secteur résidentiel. Elle adopte une forme rectangulaire d’environ 25 mètres de long sur 15 mètres de large.

Ses berges sont globalement abruptes, mais elles sont animées par une végétation caractéristique des milieux humides : iris des marais, joncs, haie protectrice. Un chemin pédestre passe à proximité et permet de relier cette mare au secteur de la mare Marouse.

Elle joue aussi un rôle concret dans la gestion des eaux : lors des épisodes pluvieux, elle recueille une partie des eaux provenant de la route départementale 38.

C’est une mare qui montre bien la cohabitation entre paysage ancien et commune habitée : elle est située près des maisons, proche d’un axe de circulation, mais conserve une présence végétale et écologique.

La Capelle, une mare plus secrète

La mare de La Capelle se trouve route de La Capelle, entre plusieurs habitations. Elle est moins immédiatement accessible, car une clôture en protège l’accès.

Sa forme est triangulaire, avec des dimensions d’environ 30 mètres, 20 mètres et 15 mètres selon ses côtés. Ses berges sont plutôt verticales et enherbées. Elle est entourée d’une strate arborée et arbustive dense, notamment composée de noisetiers, qui recouvre largement le milieu.

Cette présence végétale lui donne un caractère plus fermé, plus intime. La mare semble presque dissimulée dans son environnement, comme un morceau de paysage ancien conservé au milieu des habitations.

Elle recueille également, en cas de pluie, les eaux provenant de la route de La Capelle.

La Chapelle-Martel, la mare des chemins et des champs

La mare de La Chapelle-Martel se situe en bordure du chemin de La Chapelle-Martel, entre plusieurs parcelles cultivées.

Sa forme triangulaire, d’environ 15 mètres, 25 mètres et 35 mètres, la rend assez reconnaissable. Ses berges sont globalement raides, mais stabilisées par une végétation dense adaptée aux milieux humides, notamment des saules et des hêtres. Une berge enherbée et en pente plus douce permet toutefois d’accéder plus facilement au plan d’eau.

Placée entre chemin et champs, cette mare garde un lien fort avec le paysage agricole. Elle recueille les eaux provenant du chemin de La Chapelle-Martel et des parcelles voisines lors des épisodes pluvieux.

C’est sans doute l’une des mares les plus intéressantes à observer lors d’une balade, car elle met en évidence le rôle très concret de ces petits plans d’eau dans l’équilibre du paysage rural.

La mare Marouse, une présence plus ample dans le paysage

La mare Marouse se situe en bordure de la route départementale 38, entre plusieurs habitations. Elle fait partie des mares les plus marquantes par ses dimensions : environ 60 mètres de long sur 25 mètres de large.

Son accès est possible par l’une des berges. À proximité, un chemin pédestre traverse la commune de Bosc-Roger-en-Roumois, ce qui en fait un point intéressant dans une logique de promenade.

Ses berges sont globalement raides et recouvertes par une végétation arborée dense. L’une d’elles a été stabilisée à l’aide de rondins de bois. Comme l’Épine-Dubuc, elle recueille les eaux provenant de la route départementale 38, notamment du secteur de la rue Marouse.

Par sa taille, son environnement arboré et sa proximité avec un chemin, la mare Marouse donne une image forte de ce patrimoine naturel de proximité : un lieu simple, mais très présent dans le paysage.

Un patrimoine à regarder avec attention

La visite des mares n’est pas une balade spectaculaire au sens classique. Elle demande plutôt de ralentir, d’observer, de comprendre ce que l’on regarde.

Une mare raconte à la fois l’eau, la terre, les usages anciens, les constructions rurales, les chemins, les haies, les champs et les hameaux. Elle est à la fois un élément de patrimoine, un refuge pour la biodiversité et un outil discret de gestion des eaux de pluie.

Pour préserver ces milieux fragiles, il est important de rester sur les chemins, de respecter les clôtures, de ne rien jeter dans l’eau, de ne pas cueillir la végétation et de ne pas déranger les espèces présentes.

Découvrir les mares de Bosroumois, c’est finalement découvrir une commune autrement : non pas seulement par ses rues et ses équipements, mais par ses traces rurales, ses détails naturels et les petites histoires que le paysage conserve encore.

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